En plus de 30 ans d’observation de planètes extrasolaires, les différentes études ont montré une très grande diversité dans ses planètes en orbite autour d’autres étoiles que le Soleil. Parmi plus de 6 000 exoplanètes découvertes à ce jour, les plus convoitées restent les planètes similaires à la Terre et potentiellement habitables. Grâce aux instruments toujours plus performants, les scientifiques ont pu découvrir certaines de ses « jumelles » terrestres à proximité du système solaire. Notamment, Proxima Centauri b qui se situe à seulement 4,2 années-lumière de la Terre. Une étude récente menée à l’IRAP de Toulouse a également mis en évidence une seconde candidate habitable voisine de notre système. Il s’agit de la planète Gliese 725B c qui se situerait à seulement 11,5 années-lumière.
Les naines rouges, un vivié de planètes habitables
Il existe dans notre galaxie différents types d’étoiles. Le soleil, par exemple, est ce qu’on appelle une naine jaune. Cependant, si notre étoile semble immense comparée à la Terre, elle reste relativement petite. En effet, les géantes bleues sont des dizaines voire des centaines de fois plus grandes que le Soleil, avec des températures dépassant facilement les 10 000 °C. Pour rappel, le soleil a une température de surface d’environ 6 000 °C. Certaines étoiles en fin de vie, appelées géantes rouges, peuvent même mesurer plus de 1 000 fois la taille du Soleil.
Par ailleurs, on trouve aussi des étoiles plus petites que le Soleil, les naines rouges. Ces dernières sont très nombreuses et représenteraient plus de 80% des étoiles de notre galaxie. Plus petites et plus froides que le Soleil, des études récentes ont montré que les systèmes autour des naines rouges posséderaient plus de planètes rocheuses, d’une taille similaire à la Terre, que dans le cas des étoiles plus grosses. En effet, les disques protoplanétaires étant plus petits, il y a moins de matière pour former des planètes géantes.
C’est pourquoi différentes équipes de recherche se sont intéressées au système Gliese 725, ou Gl 725. En effet, ce système binaire se compose de deux naines rouges situées à environ 63 unités astronomiques (UA) l’une de l’autre, soit 63 fois la distance Terre-Soleil. Gl 725A mesure un tiers de la taille du Soleil pour une température d’environ 3 700 °C. La seconde étoile, Gl 725B, mesure environ un quart du soleil pour une température de 3 600 °C. Pour terminer, le système se situe à 11,5 années-lumière de la Terre, ce qui en fait l’un de nos plus proches voisins.

Nazarii NeshcherenskyiUn système binaire exoplanétaire
De par leur fort potentiel d’abriter des exoplanètes rocheuses, les systèmes comme Gl 725 sont très intéressants pour les astronomes. Les deux étoiles ont donc été étudiées pendant plus de 30 ans avec différentes méthodes. Les astronomes ont en particulier étudié la photométrie et la spectroscopie des deux étoiles. Analyser la photométrie permet d’observer un potentiel transit. C’est-à-dire le passage d’une exoplanète entre l’étoile et la Terre.
La spectroscopie, de son côté, permet d’étudier le mouvement de l’étoile. En effet, la spectroscopie est l’étude de la lumière de l’étoile. Cette lumière va évoluer en fonction du mouvement de l’objet. Si l’objet se rapproche, le spectre de l’étoile va se décaler vers le bleu et s’il s’éloigne, le spectre se décalera vers le rouge. Ainsi, si une planète tourne autour d’une étoile, la gravité de la planète va attirer légèrement l’étoile et entrainer un mouvement de rotation pour cette dernière.
Aucun transit n’a été détecté dans ce système. Cependant, en spectroscopie, avec la méthode dite des vitesses radiales, une équipe française a découvert en 2025 une super-Terre située à 0,068 UA de Gl 725A avec une masse d’au moins 2,6 fois celle de la Terre. Cette exoplanète est cependant trop proche de son étoile pour être habitable.
Enfin, grâce à cette même méthode, une équipe menée par Merwan Ould-Elhkim a également découvert en janvier 2026 deux nouvelles planètes autour de Gl 725B. La plus éloignée, Gl 725B c a été confirmée comme une planète d’une masse supérieure à 3.4 ± 0.7 masses terrestres se situant à 0,14 UA de son étoile. La planète serait donc une super-Terre qui ferait un tour de Gl 725B en 38 jours. La seconde, Gl 725B b, serait située à seulement 0,04 UA de l’étoile et aurait une masse supérieure à 1.5 ± 0.4 masses terrestres. D’une taille similaire à la Terre, le signal de cette planète est très faible. Les données obtenues avec le Canada France Hawaii Telescope ne sont actuellement pas suffisantes pour confirmer la présence de Gl 725B b.

Une planète potentiellement habitable ?
Ce qui fait de Gl 725B c une planète intéressante, ce n’est pas seulement sa taille. La planète se situe également dans la zone d’habitabilité de son étoile. Cette zone correspond à un intervalle où le flux stellaire pourrait permettre à la vie de se développer. En effet, pour que la vie telle que nous la connaissons sur Terre apparaisse, il faut de l’eau liquide stable à sa surface. Ainsi, une planète est dans la zone d’habitabilité de son étoile si sa température théorique permet d’avoir de l’eau liquide.
Cette zone est extrêmement théorique et limitée. En effet, dans le système solaire, la zone d’habitabilité se situe entre Vénus et Mars. Néanmoins, Vénus possède une atmosphère si épaisse qu’il fait près de 500 °C et, à l’inverse, l’atmosphère de Mars est trop fine pour permettre d’avoir de l’eau liquide. De plus, cette théorie se base sur la vie terrestre. Il n’est pas impossible qu’une autre forme de vie se développe dans des conditions différentes de celles de la Terre.
Dans le cas d’une naine rouge, l’étoile produit beaucoup moins de rayonnement. La zone d’habitabilité va donc se situer plus proche de l’étoile. Plus proche de son étoile que Mercure du Soleil, Gl 725B c recevrait néanmoins autant de chaleur que Mars. Cependant, étant plus massive que la Terre, la probabilité qu’elle possède une atmosphère dense est assez importante. Contrairement à Mars, il serait alors possible de conserver de l’eau liquide à sa surface.
Cependant, cela reste très hypothétique. En effet, à cause de la proximité de l’étoile, la planète est sûrement en rotation synchrone. Comme la Lune avec la Terre, elle montre donc constamment la même face à son étoile. Un côté est alors constamment irradié et l’autre constamment dans le noir. De plus, les naines rouges sont plus actives que les étoiles de type solaire. Elles émettent donc énormément de radiations, nocives pour la vie sur Terre. Par ailleurs, les instruments actuels ne permettent pas d’étudier la composition de son atmosphère. Enfin, même si la planète était habitée, il faut penser que la sonde la plus rapide envoyée par les humains, Parker Solar Probe, a atteint une vitesse maximale de 692 000 km/h. Il faudrait donc à cette sonde 17 925 ans pour rejoindre Gl 725B.

SOURCES
- Ould-Elhkim, M. et al. (2026). The SPIRou Legacy Survey, Detection of a nearby world orbiting in the habitable zone of Gl 725B achieved by correcting strong telluric contamination in near-infrared radial velocities with wapiti.
- SPIRou : La deuxième plus proche exoplanète en zone habitable découverte à seulement 11,4 années-lumière, IRAP
- Des milliards de planètes rocheuses dans la « zone habitable » autour de naines rouges dans la Voie Lactée, ESO (2012)
- Mignon, l. et al. (2025). Radial velocity homogeneous analysis of M dwarfs observed with HARPS: II. Detection limits and planetary occurrence statistics

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