L’astronomie est l’une des sciences les plus accessibles à l’ensemble de la population. N’importe quelle personne peut, un soir, observer le ciel avec des jumelles, une petite lunette astronomique ou même à l’œil nu. C’est cette accessibilité qui permit à de nombreux et nombreuses astronomes amateurs de contribuer à l’avancée de l’astronomie. Aujourd’hui encore, il est possible, avec des instruments amateurs, de participer au suivi des météorites ou encore d’aider à l’analyse de données sur les sites de certains observatoires ou agences spatiales. C’est ainsi qu’un passionné d’astronomie, Honoré Flaugergues, réalisa de nombreuses découvertes astronomiques à la fin du XVIIIᵉ siècle en observant notamment les nuages martiens pour la première fois.
L’astronomie ardéchoise
De Viviers en Ardèche, Honoré Flaugergues vit le jour le 16 mai 1755. Fils d’instituteur, Honoré est très vite encouragé à découvrir les mystères du monde. Il observera notamment l’éclipse solaire de 1764 qui éveillera sa passion pour l’astronomie. Néanmoins, Honoré ne se limitera pas à l’astronomie. Il s’intéressera également à l’archéologie et aux mathématiques, mais aussi aux sciences sociales et à la politique. Honoré commença même à réaliser des relevés météorologiques dès l’âge de 11 ans. À 21 ans, Honoré recevra un prix de l’Académie de Lyon pour ses travaux d’optique inspirés de ceux d’Isaac Newton.
Dans le cadre de ses recherches, Honoré développera une grande habileté manuelle. Cela lui permettra ainsi de construire et réparer ses propres instruments d’observation. Depuis son village ardéchois, qu’il ne quittera jamais vraiment, Honoré commence ses observations astronomiques dès 1782. Il réalisera ainsi le suivi de nombreux événements astronomiques comme des éclipses de Lune, lorsque la Terre projette son ombre à la surface de la Lune, ou le transit de Mercure devant le Soleil en 1786. Se spécialisant dans l’observation du ciel, Honoré décide de faire construire en 1786 son propre observatoire à Viviers, où il réalisera des observations quasi quotidiennes pendant près de 40 ans.

Entre politique et astronomie
Grâce à son nouvel observatoire, Honoré observera nuit après nuit la disparition des anneaux de Saturne. En effet, les orbites respectives de la Terre et de Saturne font que l’on observe Saturne sous différentes inclinaisons au cours du temps. Ainsi, tous les 15 ans environ, les anneaux de Saturne sont observables par la tranche. Si les anneaux mesurent plus de 300 000 km de diamètre, leur épaisseur n’est que d’une dizaine de kilomètres. Ils sont donc si fins qu’ils semblent disparaître lorsqu’on les observe par la tranche.
Après la Révolution française de 1789, Honoré commence sa carrière politique au sein de la première République. Nommé membre puis sous-préfet du district de Coyron, il lui devient plus difficile de poursuivre ses recherches pendant les trois ans de son mandat. En 1795, il retourne à Viviers en tant que juge de paix et y restera jusqu’à la fin de sa vie.
Comme il l’avait fait à 21 ans, Honoré basera principalement ses recherches astronomiques sur les sujets des prix proposés par les académies. Il obtiendra ainsi de nouveau le prix de l’Académie de Lyon pour son travail théorique sur le platissement de la Terre. En effet, si l’on sait aujourd’hui que la Terre n’est pas sphérique. L’aplatissement aux pôles de notre planète n’était alors qu’une hypothèse. Ses travaux permirent à Honoré de devenir membre correspondant de nombreuses académies. Un travail qu’il réalisera en parallèle de ses fonctions de juge de paix.

Les nuages martiens
En plus de Saturne, Honoré s’intéressera également aux autres astres du système solaire. Il effectuera notamment un suivi régulier des taches sombres à la surface du Soleil. Il observera ainsi plus de 2 000 taches solaires. En parallèle, Honoré observa régulièrement les satellites de Jupiter. Il répertoriera notamment les éclipses des satellites, les moments où ils disparaissent devant ou derrière Jupiter. Connus depuis les observations de Galilée en 1610, les quatre satellites principaux de Jupiter sont en effet facilement observables depuis la Terre et mettent seulement quelques jours pour faire le tour de la planète.
Cependant, l’une de ses plus grandes contributions à l’astronomie fut l’observation des nuages de Mars. En effet, Honoré observait régulièrement les occultations des planètes par la Lune. Ainsi, au cours de ses observations de la planète rouge, il constata la présence de zones plus sombres occasionnellement masquant la surface de Mars. D’une couleur d’ocre jaune, Honoré interpréta ses observations par la formation de nuages dans l’atmosphère de Mars. Couvrant une surface beaucoup trop grande pour de simples nuages, les astronomes savent aujourd’hui qu’il s’agissait de tempêtes de poussière à la surface de la planète. Ses tempêtes peuvent soulever de grandes quantités de poussière qui peuvent recouvrir l’ensemble de la planète. Ces observations ont ainsi permis de conforter l’hypothèse de la présence d’une atmosphère martienne. En hommage à cette découverte, un cratère de Mars sera nommé cratère Flaugergues.

La grande comète de 1811
S’intéressant à tous les phénomènes célestes, Honoré observa de nombreuses comètes au cours de sa vie. La plus connue est très certainement la grande comète de 1811. Cette comète est restée célèbre car elle fut particulièrement brillante et visible à l’œil nu pendant 9 mois en 1811. Néanmoins, si une comète devient très lumineuse lorsqu’elle s’approche du Soleil, la sublimation de sa glace et donc la création de sa queue de poussière débute bien plus tôt. En effet, la glace commence à passer de l’état solide à l’état gazeux dès qu’elle passe la ligne de glace. Située à environ trois fois la distance Terre-Soleil, cette limite correspond au début de la fonte de la glace d’eau à cause de l’augmentation de la température.
À ce moment-là, la comète n’est visible qu’avec un instrument astronomique. C’est ainsi qu’Honoré observa pour la première fois cette comète le 25 mars 1811. En l’observant à intervalles réguliers, il estima que la période de la comète devait être d’environ 510 ans. Aujourd’hui, les astronomes estiment que cette période est de 2 742 ans. C/1811 F1 est donc une comète à longue période qui devrait revenir près de la Terre en l’an 4 785.

Sources
- G. Bigourdan (1884) : Honoré Flaugergues, sa vie et ses travaux
- G. Bigourdan (1884) : Honoré Flaugergues, sa vie et ses travaux (suite)
- Aymeric Spiga (2008) : Dynamique méso-échelle de l’atmosphère martienne développement d’un modèle météorologique et analyse des observations OMEGA / Mars Express
- Pierre-Gilles-Honoré FLAUGERGUES, Medarus

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