Alors que les calculatrices de l’observatoire de Harvard révolutionnent notre compréhension des étoiles, la première moitié du XXᵉ siècle est également marquée par l’arrivée de plusieurs décrets français qui vont faciliter l’accès aux observatoires pour les femmes. Alors que les femmes étaient considérées comme une main-d’œuvre pas chère en astronomie, elles commencent peu à peu à mener leurs propres travaux de recherche. C’est dans ce contexte qu’Edmée Chandon va pouvoir construire sa carrière d’astronome.
La première astronome professionnelle
Née le 21 novembre 1885 à Paris, Edmée obtient son baccalauréat scientifique en 1903. Passionnée par les sciences, elle se spécialisera principalement dans le domaine des mathématiques. Ainsi, Edmée obtient sa licence de mathématiques et de physique en 1906 et termine première à l’agrégation de mathématiques en 1908.
C’est alors qu’elle obtient un stage à l’Observatoire de Paris. En effet, en 1907, un décret du ministère de l’Instruction publique fixe les critères de recrutement de l’observatoire. Les nouveaux et nouvelles astronomes devront avoir réalisé au minimum un stage de deux ans avant leur recrutement. L’observatoire ouvre ainsi plusieurs stages, dont le premier est attribué à Edmée.
À cette époque, les observatoires du monde entier disposent d’un très grand nombre de plaques photographiques du ciel nocturne que les astronomes n’arrivent pas à étudier par manque de temps. Edmée travaillera donc pendant son stage en majorité sur l’étude de ces plaques pour mesurer la position et la luminosité des étoiles et des nébuleuses qui s’y trouvent.
Reconnaissant la qualité de son travail, l’observatoire décide de la recruter en 1912 au poste d’aide-astronome. Edmée devient ainsi la première femme française embauchée comme astronome. Elle travaillera alors principalement sur l’étude de la position des étoiles en se spécialisant dans l’utilisation du tout nouveau astrolabe à prisme. Un instrument permettant de mesurer précisément la hauteur des étoiles dans le ciel. La guerre éclatant peu de temps après, elle passera une grande partie de son temps à fournir des mesures pour le gouvernement français.

L’étude des marées
Devenue experte dans l’utilisation de l’astrolabe, Edmée travaillera beaucoup sur la mesure du temps. En effet, en observant la position de plusieurs étoiles avec un astrolabe, il est possible de déterminer précisément l’heure. Cela permettait de vérifier la précision des horloges.
Par ailleurs, Edmée utilisera l’astrolabe ainsi que des lunettes astronomiques pour effectuer un suivi complet de la position des planètes, de comètes ou encore de dizaines d’étoiles doubles. Ce travail lui permettra d’obtenir, en 1924, le poste d’astronome adjointe. Elle sera également la première femme à devenir membre de l’Union Astronomique Internationale en 1932.
En parallèle, étant mathématicienne de formation, Edmée travaillera également sur l’étude théorique des marées. En effet, afin de construire au mieux les cartes d’élévation des marées, il est nécessaire de modéliser leur fonctionnement. Pour cela, Edmée étudiera les mesures effectuées dans la mer Rouge et le golfe de Suez. L’objectif était alors de comparer les modèles théoriques des marées dans le cadre de « petites » mers. Elle rédigera ainsi un mémoire de thèse qu’elle soutiendra avec brio à la faculté des sciences de l’université de Paris en 1930. Edmée Chandon deviendra alors la première femme à obtenir un doctorat en mathématiques.

Une fin de carrière anticipée
En près de 30 années de travail, Edmée sera devenue une référence en astronomie. Tout particulièrement pour l’utilisation des astrolabes, dont elle publiera un livre en 1935 qui restera la référence dans le domaine pendant plus de 25 ans. Malgré cela, elle n’obtiendra jamais le poste d’astronome titulaire à l’observatoire. En 1941, Edmée sera forcée de prendre sa retraite à seulement 50 ans par la loi du 11 octobre 1940 sur le travail féminin édictée par le régime de Vichy.
Elle aura cependant grandement contribué à l’astronomie ainsi qu’à sa diffusion pour le grand public. Edmée était notamment membre de la Société Astronomique Française pour laquelle elle donnait régulièrement des conférences. Elle fait aujourd’hui partie des 72 femmes scientifiques dont le nom sera ajouté prochainement au 2ᵉ étage de la Tour Eiffel.

SOURCES
- Charly Pellarin-Régis (2023) : Edmée Chandon : femme pionnière, scientifique invisible. Les ressorts de l’injustice épistémique dans le champ astronomique du premier XXe siècle
- Trois siècles de femmes astronomes : Edmée Chandon, Observatoire de Paris
- L’astronome Edmée Chandon, SAF
- Edmée Chandon (1930) : Recherches sur les marées de la mer Rouge et du golfe de Suez
- Chandon, E. et al. (1936) : Déterminations d’Heure Effectuées au Moyen d’un Instrument des Hauteurs Égales a Micromètre Imperonnel

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